
D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours pleuré au moment de quitter mon petit coin de Touraine. Et cette année je n'ai pas dérogé à la règle, déchirée que j'étais de quitter mon jardin secret où j'ai pu passer trois courtes journées d'un été mitigé... Ce qui m'apporte alors un peu de réconfort, ce sont les paroles de ma grand-mère qui a toujours le chic pour me rappeler qu'il faut regarder la vie du bon côté, préférer le verre à moitié plein. Comme de me rappeler que je vais bientôt m'envoler pour la Corse ensoleillée...
Mais si elle a bien raison, je crois aussi que c'est sa modestie qui lui joue un tour. Je crois qu'elle ne réalise pas à quel point ces moments partagés sont précieux à mes yeux. Combien ces trois journées entre grand-mère, mère et fille, rituel qui s'est peu à peu mis en place chaque été depuis que mon grand-père nous a quittées, est sacré pour moi. Je m'y accroche comme à un rocher à ce lieu où trois générations de femmes se retrouvent entre mots croisés et tartes maison.

Je m'y accroche depuis que j'ai lentement mais sûrement compris que ce petit coin de paradis ne m'étais pas acquis. Enfant je m'étais fait de cette maison mon royaume, de ce jardin mes terres et je n'imaginais pas un instant qu'il puisse en être autrement. Ce portail que j'étais fière d'ouvrir lorsqu'on m'en donnait la clé et que je sautais de la voiture gaiement, je n'imaginais pas un seul jour la possibilité de le refermer à tout jamais. De sorte que désormais, c'est toujours une joie mêlée de peine lorsque je pose mes affaires pour quelques jours dans cette maison chérie.
Je ne me suis jamais autant attardée face à chaque détail du jardin que depuis qu'il a un peu repris ses quartiers. Il n'est pas aussi méticuleusement entretenu que lorsque mon grand-père y travaillait, la maison non plus n'est pas celle où avant il ne fallait pas rentrer avec les chaussures pleines de terre. Désormais on laisse un peu plus faire, on a enlevé les objets de valeur au cas où on se ferait cambrioler, on sort les vieux habits des armoires pour s'habiller... Un nouvel ordre s'est établi, ou plutôt désordre, mais dans lequel je me retrouve comme jamais.

Et pourtant, ma grand-mère l'a encore répété, elle se sent mieux en ville maintenant. Il lui coûte un peu plus chaque année de devoir occuper la maison l'été. Je me suis alors posée la question : est-ce que ce jardin secret et cette maison je ne veux les garder qu’égoïstement ? Peut-être n'y a-t-il que moi pour enraciner à ce point mes souvenirs. C'est sûr que des souvenirs tiennent plus qu'à des murs... Mais je pense surtout qu'on a tous à un moment dit au revoir à une part d'enfance et que c'est à devoir le faire une seconde fois que je me refuse.
Mais enfin, peut-être tout simplement que j'aime ce jardin et cette maison. Que j'aime m'asseoir en été sur la terrasse bien chauffée, l'odeur du jardin à la nuit presque tombée quand l'humidité commence à monter, la chambre sous les toits dans laquelle je dors si bien mais où je ne peux m'empêcher de me cacher sous les draps, poltronne que je suis face aux araignées. Tout ça, ce n'est pas vivre dans le passé, c'est faire vivre cet endroit. Et finalement, ce sont plus que des souvenirs qui me donnent envie d'y revenir et d'y rester.

Just when I had been longing for an "Away We Go" summer, a short stay in my secret garden where I used to spend my childhood holidays reminded me about how the movie ends... How after looking for the perfect place the couple ends up back where the woman grew up. I haven't been lucky enough to have such a stable background, most of my home is in France with my Mum, but a piece of my heart (and home in a sense) is on the other side of the Atlantic.
In between, somewhere in the French countryside, there's a house that isn't attached to any of my parents, it's that of my grand-parents. This place I feel I can call home without hurting anyone's feelings, which might be why I'm all the more attached to it. And every Summer upon leaving this secret garden I shed a tear... This year I did still. And then I hope, hope that what the future holds is me opening the house's door Summer after Summer, never closing it.
It's but a child's dream, but these are the dreams that should never be shattered.








Il est magnifique ton billet... il m'a tellement touchée !
RépondreSupprimerCette maison et ce jardin semblent énormément compter pour toi et c'est bien normal de ne pas vouloir laisser s'échapper une part de son enfance lorsqu'elle a été infiniment heureuse. Mais tu le dis si bien, les souvenirs et les gens qui y sont rattachés sont finalement ce qui compte le plus :)
Et si tu aimes cet endroit, rien ne t'empêche d'y venir plus souvent, y emmener des amis pour le week-end par exemple, afin que cet endroit continue de vivre comme tu le souhaites...
Je crois qu'Anne a tout dit. Je me permets de rajouter juste un petit mot chaleureux pour te dire combien ton billet est touchant.
RépondreSupprimerNathalie
Ton article est merveilleux...
RépondreSupprimerComme je me retrouve dans tout ce que tu dis ! J'ai moi aussi un lieu comme ça avec tous mes souvenirs d'enfance, un lieu qui bientôt ne nous appartiendra plus...ton billet me touche beaucoup
RépondreSupprimerJe comprends ce que tu ressens puisque ma maison que j'avais comme ca n'est plus à nous. Le décès de mes grands parents nous a contraint à la vendre et à laisser dedans tous ces moments de famille et d'étés passés ensemble ! Alors profites en tant que tu peux et le plus possible.
RépondreSupprimerDe très belles photos et un article tout pleins d'émotions, je ne peux que comprendre ce que tu ressens car j'ai du quitter il y a un mois la maison de mon enfance et ça a été plutôt douloureux.
RépondreSupprimerComme tu l'as dit rien n'est acquis et on ne peut que profiter de ce qu'on a au moment où on l'a au lieu de le déplorer une fois que ce n'est plus là.
Félicitations pour ta Une, c'est mérité, très très bel article
Ton texte est très touchant :)
RépondreSupprimerTon article est magnifique et fait si bien écho au mien de ce matin que je me sens bien sur la même longueur d'onde que toi !
RépondreSupprimerJ'arrive par hasard ici, je lis et je suis bouleversée...
RépondreSupprimerJ'ai perdu mon grand-père la semaine dernière, et j'ai encore du mal à réaliser...C'est vide en moi. Comment admettre que je ne le retrouverai plus jamais dans l'allée du jardin, que plus jamais je n'entendrai son rire dans la maison, que son chapeau de paille et ses boules de pétanques resteront là....
Ma grand mère est toujours là, mais j'ai peur. Peur de la voir partir, et qu'il ne me reste que les souvenirs. Que les lieux, comme le jardin, auxquels je suis si attachés et qui symbolisent toute mon enfance s'en aillent à d'autres....
Je viens de réaliser en te lisant, que c'est vrai, les lieux qui nous sont si familiers ne nous sont pas acquis..... Profitons tant qu'il est encore temps!
bises
Joli témoignage... Je n'ai plus de grand-mère depuis mes 12 ans alors j'envie assez cette relation privilégiée que vous entretenez...
RépondreSupprimerJe suis touchée de vos réactions si personnelles à ce billet qui l'était évidemment tout autant pour moi... J'ai pas mal tergiversé à l'idée de le publier, par peur de sembler être trop dans la plainte ou nostalgie, par peur de sembler manquer de pudeur... Mais l'envie de partager ce que je ressentais a été plus forte et vos petits mots sont là pour me rassurer et conforter :) Un grand merci, sincèrement ! Cela ajouté à l'approbation de ma Maman qui a lu le billet, me voilà quelque peu apaisée après ce week-end qui m'avait un peu retournée les méninges !
RépondreSupprimerDes bises à toutes